Le Petit vélo jaune ASBL

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« Moi aussi j'aurais pu faire appel au Petit vélo jaune »

Après quelques années à évoluer dans le marketing événementiel au sein du monde entrepreneurial et après avoir donné naissance à deux enfants, Hélène s'est reconvertie en doula, soit une personne qui accompagne et soutient une autre femme et son entourage pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale. C'est en parallèle à cette démarche de réorientation professionnelle qu'elle a débuté un accompagnement avec le Petit vélo jaune.

"La venue de mon premier enfant en 2016 a suscité une véritable remise en question sur mon activité professionnelle. Je ne me voyais tout simplement pas retourner au bureau. Tout en commençant une formation d'accompagnante, j'ai réellement pris conscience que je voulais transmettre à mes enfants une valeur plus juste de ce qu'est le travail : ce n'est pas seulement le travail en entreprise, ce n'est pas seulement le travail salarié, cela peut être aussi un travail qui n'est pas rémunéré. Cette période de latence a duré trois ans, durant laquelle mon second enfant est né. Lorsque je me suis remise sur le marché du travail j'ai pris l'initiative d'assumer une activité bénévole en plus de développer mon activité rémunérée. J'ai rencontré plusieurs associations d'abord très locales, dans mon quartier, et l'une de ces associations m'a renvoyée vers le Petit vélo jaune." 

 

Tu es rapidement devenue coéquipière, est-ce à dire que tu été de suite séduite par l'approche proposée par le Petit vélo jaune ?

"Oui car j'aurais moi-même fait appel au Petit vélo jaune si j'avais connu son existence deux-trois ans plus tôt ! Quand nos enfants sont nés, mon mari et moi n'avions pas de famille vraiment disponible pour donner un coup de main. On n'avait pas les moyens de faire appel à une nounou ou à une aide ménagère. On s'en est sorti mais cela a été parfois difficile et je me suis sentie souvent très seule. J'aurais aimé avoir une présence ne fut-ce qu'une fois par semaine, pour m'emmener faire un tour, pour m’accompagner à la bibliothèque, pour s'occuper de mes enfants afin que je puisse prendre un peu de temps pour moi. "

La famille que tu accompagnes est d'origine algérienne. Quelles sont ses réalités ?

"C'est un couple avec trois enfants. Le papa est arrivé en Belgique il y a quelques années, il a un travail bien établi et a fait venir sa femme il y a quatre ans. Ils ont eu une fille puis de suite une seconde grossesse, des jumelles. Ils se sont donc retrouvés très vite avec trois enfants en bas-âge sur les bras. Le papa travaillant la journée, elle s'occupait à chaque instant de ses trois filles, chez elle, sans sortir, car tout simplement incapable de sortir la poussette double des jumelles tout en tenant par la main la plus grande qui à l'époque ne marchait pas encore vraiment. Elle avait besoin de compagnie, sa demande auprès du Petit vélo jaune était essentiellement logistique. Et de fait, ma présence est rapidement devenue une sorte de soupape hebdomadaire. Je jouais avec l'ainée pour qu'elle puisse s'occuper des jumelles, ou simplement prendre une douche, je veillais sur les enfants pour qu'elle puisse passer un long moment au téléphone avec sa famille en Algérie ou ses copines, ou juste pour qu'elle puisse souffler un petit peu." 

 

La maman n'avait-elle pas de soutien, d'aide extérieure ?

"Il était prévu que sa maman vienne l'aider quelques mois après sa grossesse mais elle est malheureusement décédée. L'aide familiale s'est évaporée. Et puis même s'ils vivent en Belgique, leur réalité reste celle d'une famille algérienne : dans leur culture, on ne fait appel à une aide extérieure autre que la famille. Je vois régulièrement des familles européennes ou anglophones qui font appel à des nounous, d'abord parce qu'ils ont les moyens mais surtout parce que c'est ancré dans leur culture. En Algérie, cela ne se fait pas. Et s'il n'y a pas la ressource famille, il n'y a personne. Elle a bien sûr des copines mais personne qui lui garde ses enfants toute une matinée pour qu'elle puisse souffler un peu."

De soutien logistique, l'accompagnement s'est mué en amitié ?

"Oui. Je me suis de suite très bien entendue avec la maman, avec nos différences mais aussi nos similitudes. Nous avons le même âge, un parcours universitaire similaire, sauf qu'ici elle ne trouve pas de travail. Mais aussi une réalité commune de jeune mère, venant pour ma part de « sortir » des enfants en bas-âge. Nous étions réellement dans le partage et avons petit à petit développé une relation très amicale, faite de soutien mais surtout d'échanges, de conversations. Mais à la différence d'une relation habituelle avec une copine, nous avons toujours gardé la régularité hebdomadaire : on se voit une fois par semaine, tout en se laissant la liberté du jour selon les disponibilités de chacune. Pour moi, cette discipline de la régularité est importante pour préserver cette relation dans le cadre du Petit vélo jaune."

 

L'accompagnement peut paraître lourd, tant par sa fréquence que par sa longueur, un an. Est-ce facile de combiner ton rôle de coéquipière avec ton activité professionnelle de doula qui prend de l'ampleur ?

"A l'époque où j'ai commencé l'accompagnement j'avais du temps. J'étais encore au début de ma nouvelle activité professionnelle et je venais de mettre ma fille en crèche. Cela n'était pas du tout une contrainte, au contraire. Il est vrai qu'au fil des mois, en tant que doula, je commençais à avoir une clientèle régulière. Mais la relation avec la famille évolue également, cela demande juste des ajustements, de part et d'autre. La maman a parfois des demandes trop importantes en terme de temps, que je ne peux plus satisfaire et je le lui explique. Si auparavant je pouvais rester toute la matinée et déjeuner avec elle, désormais ce n'est plus possible et je pars avant le repas. On s'adapte."

 

Cet accompagnement arrive doucement à son terme ?

"Oui, on arrive à la fin, nous en avons déjà plusieurs fois discuté. On va se rencontrer prochainement avec la référente-duo pour clôturer l'accompagnement Petit vélo jaune mais nous avons décidé que nous allions continuer à nous voir après. Une fois par mois dans un premier temps. Non plus en soutien mais juste pour sortir ensemble avec les enfants. D'ailleurs le besoin est moindre, son ainée vient de rentrer à l'école et les jumelles ne sont plus des bébés, elle peut désormais les déposer sur un tapis de jeu ou dans un parc le temps de passer un coup de fil, cuisiner ou prendre une douche. Elle peut plus facilement emmener les jumelles faire une course, être plus active."

 

Tu évoques la référente-duo, dont la mission est d'encadrer un binôme famille - coéquipier. A t'entendre, l'accompagnement qui se termine était relativement « facile », il n'y a pas eu de difficulté majeure. La présence de la référente-duo était-elle dès lors superflue ? 

"Non, la référente-duo est essentielle pour maintenir le cadre. Lors de la première rencontre avec la famille, la présence de la référente-duo qui se positionne en personne tierce, neutre, permet de clairement expliquer le rôle du coéquipier et le cadre du bénévolat au sein du Petit vélo jaune. Par la suite, la référente-duo a toujours été une personne ressource, autant pour moi que pour la famille. Dans mon cas, elle a été très utile vers la moitié de l'accompagnement, lorsque la maman est tombée enceinte (l'enfant n'est pas né). Je me suis posé la question de mon rôle exact face à cette nouvelle grossesse de la maman : doula ou coéquipière ? J'ai pris conscience que je ne pouvais pas correctement être bénévole au Petit vélo jaune et en même temps accompagner cette maman avec mes compétences de doula. Cela constituait un mic-mac qui n'était pas gérable pour moi ni émotionnellement ni en charge de travail. J'en ai parlé longuement avec la référente-duo. Elle était présente tant pour accueillir ce que j'avais à dire, que pour me rassurer sur le cadre exact de l'accompagnement Petit vélo jaune. Et c'est pareil aujourd'hui qu'on arrive au terme de l’accompagnement."

 

Au travers de ton activité professionnelle de doula, t'arrive-t-il régulièrement de rencontrer des familles qui pourraient avoir besoin des services du Petit vélo jaune ? 

"Oui, ma démarche est d'ailleurs devenue double : m'impliquer en tant que bénévole mais aussi diffuser l'information autour de moi. C'est souvent le maillon faible de ce type d'initiative : les gens qui pourraient en être bénéficiaires ne connaissent pas l'association. Et c'est plus facile d'en parler quand on est impliqué, tu peux partager des éléments concrets qui donnent envie aux gens de se renseigner... Mais là où je donne souvent le contact du Petit vélo jaune à des familles et où j'en parle le plus, c'est à l'école. Je n'avais pas conscience qu'il y avait autant de parents qui sont seuls. Principalement des femmes. Seules parce qu'elles ont un mari qui travaille tout le temps, ce qui ne les empêche pas parfois d’être dans une situation précaire. Ou seules parce que le couple est séparé. On ressent cette souffrance de l'isolement, ces femmes qui n'ont pas une minute à elles, même si leurs enfants sont à l'école toute la journée. Elles sont au travail, dans le ménage, les lessives, les courses, les démarches, le CPAS, inscrire les enfants au stage, ça coûte combien, il faut que je trouve les sous, etc. Et cela presque toujours exclusivement seules. Le nombre de parents qui pourraient être bénéficiaires du Petit vélo jaune est démentiel... "