Nousha, « Je ne me suis jamais imaginé qu’avoir un lit et une chambre allait devenir un rêve pour moi. »

Nousha est une jeune femme dynamique. Elle nous accueille dans le salon de la maison d’accueil où elle réside actuellement avec sa fille. Le bébé dort dans sa poussette qu’elle place à côté du fauteuil où nous nous installons. Nousha est heureuse de nous voir et parle énergiquement.

 

La jeune maman est iranienne. Elle tombe enceinte d’un homme belge qu’elle rencontre en Iran. Elle décide alors de venir en Belgique, pour que sa fille puisse grandir proche de son père. Celui-ci a une autre famille en Belgique, mais il lui assure qu’il l’aidera à s’occuper de sa fille.

En arrivant, elle passe d’abord un moment dans un centre ouvert. Il s’agit d’un logement qui fait partie de l’accueil auquel toute personne qui demande une protection a droit et ce, durant toute la durée de sa procédure.[1] C’est là qu’elle donne naissance à son enfant. « Avant la naissance de ma fille, j’arrivais à me débrouiller, mais après tout est devenu compliqué. Le centre ouvert se trouvait à la campagne. Tout était difficile d’accès : faire ses courses, aller aux consultations médicales, … Le bus était toujours rempli et je ne pouvais pas m’asseoir, j’avais mon enfant d’un côté, le sac de courses de l’autre. C’était très éprouvant. La cohabitation avec les autres habitants était parfois difficile, parce qu’on ne parle pas la même langue, on n’a pas la même culture, le même mode de vie. Surtout lorsque tu as un petit bébé. Il y a beaucoup de stress, lorsque quelqu’un revient d’une interview qui s’est mal passée par exemple. »

 

Nousha emménage ensuite dans un appartement à Bruxelles, payé par le père de sa fille. Elle est très isolée, elle se sent seule, triste, déprimée. Son assistante sociale l’aide beaucoup. C’est elle qui lui parle du Petit vélo jaune. Elle rencontre alors Aurian, son coéquipier. « On passe beaucoup de temps à discuter, il me redonne de l’espoir. Il m’a aussi aidé à organiser mon déménagement, en trouvant une camionnette, des amis. Je n’aurais jamais pu le faire toute seule. »

« Je voulais que ma fille puisse avoir la nationalité de son père, mais il a refusé. Il ne voulait pas la reconnaitre officiellement car il a une autre famille, il s’est fâché. On s’est disputés et il m’a demandé de quitter l’appartement. »

Mais la relation avec le père de sa fille se dégrade lorsqu’elle lui demande d’entreprendre la procédure pour faire reconnaitre son enfant. « Je voulais que ma fille puisse avoir la nationalité de son père, mais il a refusé. Il ne voulait pas la reconnaitre officiellement car il a une autre famille, il s’est fâché. On s’est disputés et il m’a demandé de quitter l’appartement. Il voulait juste que je reste seule dans cet appartement pour pouvoir me contrôler. Depuis, il ne prend aucune nouvelle, même pas de son bébé. Avant d’arriver, je pensais vraiment qu’il serait présent, qu’il me soutiendrait. Je ne m’attendais pas du tout à rencontrer toutes ces difficultés. »

 

Elle emménage alors dans une maison d’accueil à Bruxelles, le temps de trouver autre chose. Elle cohabite avec beaucoup d’autres familles qui cherchent aussi un appartement. Son assistante sociale la soutient dans sa recherche de logement, mais ça prend beaucoup de temps. 

 

Elle est en contact avec ses parents. Ils lui manquent beaucoup, tout comme son pays. « Le problème en Iran, c’est que tu n’es pas sûre du futur. Ici je sais que ma fille aura une belle vie, qu’elle pourra aller à l’école, à l’université. » Ce qui la rendrait heureuse pour le futur, c’est que tout soit ok, que sa demande d'asile soit acceptée rapidement, qu'elle puisse voyager et que sa famille puisse enfin rencontrer sa fille. « Je ne me doutais pas du tout de comment allait être ma vie en quittant l’Iran. Je ne me suis jamais imaginé qu’avoir un lit et une chambre allait devenir un rêve pour moi. »

[1]  CIRE, Réfugié, migrant, sans-papiers… Lexique & définitions https://www.cire.be/publication/refugie-demandeur-dasile-migrant-lexique-et-definitions/

« Le problème en Iran, c’est que tu n’es pas sûre du futur. Ici je sais que ma fille aura une belle vie, qu’elle pourra aller à l’école, à l’université. En Iran, c’est difficile pour les jeunes, donc ils sont déprimés.  »